21 octobre 2007

Julien l'Apostat

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La vie et le règne de l'empereur romain Julien dit l’Apostat, ou Julien II, ont tous les deux été brefs. Pourtant, ce neveu de Constantin le Grand, né en 331 et mort en 363, laissa une trace indélébile dans l’histoire, et autour de lui se forgea une légende tantôt dorée, tantôt noire, selon les époques.

Sa légende noire, il la doit surtout à son apostasie, d’où son nom Julien dit l’Apostat. L’apostasie signifie le renoncement consenti et réfléchi à faire partie d’une organisation religieuse : Julien, lui, renonça à faire partie de la communauté chrétienne, pour se tourner vers le paganisme des traditions. C’est souvent cet aspect que nous retenons de Julien, en omettant qu’il fut aussi un homme d’action et un grand intellectuel (un des plus grands auteurs du IVe siècle). Il fut véritablement un empereur philosophe comme il n’en avait pas été depuis Marc-Aurèle, son grand modèle, et un empereur qui, semble-t-il, avait comme ambition de revenir à l’âge d’or d’Alexandre le Grand et du haut empire romain. 

Les sources contemporaines au sujet de Julien sont assez abondantes, mais particulièrement partiales : elles furent rédigées par des proches païens plus ou moins radicalement gagnés à sa cause, comme Libanius ou Ammien Marcellin, ou au contraire des chrétiens, choqués par son attitude, comme Grégoire de Nazianze. Ce qu’il y a cependant d’exceptionnel avec le personnage de Julien, c’est que lui-même a laissé des traces écrites de son existence, qui nous sont parvenues en grande majorité aujourd’hui, et qui restent le meilleur indicateur sur sa personnalité.

Ma bibliographie s’est essentiellement composée de l’Histoire générale de l’Empire romain de Paul Petit, et les biographies Julian The Apostate de G.W. Bowersock, La Vie de l’Empereur Julien de Joseph Bidez et Quand notre monde est devenu chrétien de Paul Veyne, et plus accessoirement de l’Histoire du déclin et de la chute de l’Empire romain d’Edward Gibbon et du Dictionnaire Philosophique de Voltaire, ainsi que quelques consultations des Oeuvres complètes de Julien établies par Gabriel Rochefort.

C’est grâce à l’ensemble de ces sources que nous pouvons retracer l’existence brève de Julien, homme d’action, homme de lettres, divisée en trois étapes majeures : d’abord, de 331 à 361, sa jeunesse mouvementée, menacée mais marquée par une éducation déterminante, jusqu’à ce qu’il soit élu César en 361 ; ensuite, de 362 à 363, Julien devient Auguste, nous verrons de quelle manière et nous verrons également son action pendant ce règne ; enfin en l’année 363, nous verrons la fin du court règne de Julien, marqué tout particulièrement par la campagne de Perse.

Julien, de son nom latin Flavius Claudius Julianus, fils de Jules Constance et de Basilina, est né en 331 environ. Il est le neveu de Constantin le Grand.

Cette hérédité est assez lourde à porter pour le jeune Julien, dont la vie, comme celle des membres de sa famille proche, a souvent été menacée par l’empereur et même la mère de celui-ci, Hélène.

En effet, pour comprendre la filiation de Julien, il faut remonter à Constance Chlore, qui a eu deux fils issus de deux mariages différents :

-         du premier mariage avec Hélène est né Constantin, qui a eu lui-même trois fils avec Fausta : Constantin II, Constance II et Constant, ainsi qu’une fille Hélène, qui va devenir l’épouse de Julien.

-         du second mariage avec Théodora, est né Jules Constance, le père de Julien, lui-même marié une deuxième fois avec Galla, de qui il eu un fils, Gallus, ainsi que Dalmace et Hannibalien que nous allons rencontrer.

Ainsi, le père de Julien était le demi-frère de Constantin.

Mais Jules Constance et ses enfants eurent d’abord à craindre la jalousie d’Hélène, première épouse de Constance Chlore répudiée, qui l’écarta de Constantinople. Il ne revint qu’en 330, à l’appel de Constantin. Celui-ci, lors de ses Tricennales en 335, énonça son projet de partage de l’empire qui favorisait ses trois fils (Constantin, Constance et Constant) ainsi que Dalmace et son frère Hannibalien, l’un devenant César en 333, l’autre Roi des Rois à la charge de l’Arménie et du Pont. Constantin s’entourait, en outre, de tous ses frères lors des Conseils d’Etat.

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Mais après la mort de Constantin, en 337, une lutte féroce pour la succession commença. Profitant du soutien de l’armée, les trois fils de Constantin évincèrent la branche cadette de la famille, et se partagèrent le pouvoir en septembre 337. Ils devinrent tous trois les nouveaux Augustes. Par la même, ils décimèrent la famille de Julien de peur des usurpations (Jules Constance mourut, ainsi qu’Hannibalien et Dalmatius). Seuls Julien et Gallus survécurent, sans doute épargnés en raison de leur jeune âge.

Les deux enfants continuèrent à grandir en Bithynie, chez leur mère, où ils se réfugièrent en craignant sans cesse un arrêt de mort. Puis, en 342, l’Empereur Constance II imposa l’exil aux deux jeunes garçons, désormais en âge de le menacer plus sérieusement. Julien et Gallus furent internés dans l’ancien palais des rois de Cappadoce, Marcellum. En 361, Julien raconta ces six années de captivité dans la Lettre aux Athéniens, de ses douze à dix-huit ans : il était coupé de ses anciens amis, surveillé comme s’ils avaient été des prisonniers dans une « garnison de Perses ».

Malgré cette enfance agitée, Julien développa très tôt le goût pour la lecture et l’apprentissage, et reçut une éducation soignée.

Pendant leurs premières années, l’éducation de Julien et Gallus fut confiée à Eusèbe de Nicomédie qui, selon Ammien Marcellin, contribua certainement au sauvetage des jeunes enfants. Ce dernier s’affaira à leur enseigner la doctrine arienne. Julien, dans la première partie de sa jeunesse, ne cessa jamais de se comporter comme s’il était animé d’une ferveur sincère. Les derniers de ces écrits sont d’ailleurs encore pleins des impressions qu’il avait reçues et des observations qu’il avait faites, tandis qu’on l’initiait aux mystères de la foi chrétienne. Malgré tout, déjà, Julien s’avérait plus réceptif à d’autres connaissances : dans son Misopogon (363), Julien mentionna l’eunuque scythe Mardonius, qui l’éleva dans le culte d’Hésiode, d’Homère et de Platon, et lui inculqua les bases de la culture helléniste classique.

Puis, pendant les six ans qu’il passa à Cappadoce, Julien lut énormément, surtout des auteurs païens de philosophie et de rhétorique. C’est pendant ces années bercées de culture hellénistique et d’écrits païens que Julien conçut progressivement une aversion contre la religion qu’on lui imposait par de continuels et stricts exercices de piété chrétienne. Il était plutôt féru de l’antique paideia (formation du grec).

En 348, Constance II demeuré seul Auguste changea d’avis à l’égard de ses cousins et Julien fut autorisé à poursuivre ses études à Constantinople, où il devint élève de Nicocles (un païen rival de Libanius) et d’Hecebolius (rhéteur chrétien), puis il se rendit à Nicomédie, où il dévora les écrits de Libanius, devenant disciple du grand sophiste.

Alors que son demi-frère, Gallus, avait été nommé César par Constance II en 351 – certainement pour soulager le seul empereur de sa lourde tâche, l’empire étant notamment sous la menace des Perses – Julien, lui, continua à voyager pour s’instruire. Il se rendit en Asie Mineure, afin de bénéficier des enseignements néo-platoniciens : d’abord à Pergame, où il apprit du vieil Aedesius l’interprétation des écrits de Platon. Puis, à Ephèse où l’hiérophante[1] et néo-platonicien[2] Maxime lui fit abjurer le christianisme et l’initia aux cultes de Mithra (culte de la divinité solaire). Julien date lui-même son abjuration en 351. A cette occasion, Libanius écrivit à Julien que sa conversion était « le commencement de la libération du monde ».

Dès lors, Julien se livra :

- aux sciences occultes,

- à la théurgie (qui permet à l’homme de communiquer avec les « bons esprits » et d’invoquer les puissances surnaturelles),

- aux doctrines de Jamblique de Chalcis qui considérait la théurgie comme le moyen pour l’âme de se diviniser,

- à la thaumaturgie (miracle de prophétie).

Toutefois, Julien ne cessa pas de pratiquer extérieurement le christianisme. Grâce à l’impératrice Eusébia, épouse de Constance II, qui l’appréciait beaucoup, il obtint l’autorisation de se rendre à Athènes, où il se lia même avec le futur saint Basile et le futur saint Grégoire de Nazianze.

C’est à lui que Constance II fit appel en 355 afin de faire face aux invasions barbares en Gaule. En effet, déstabilisé par Magnence, usurpateur du titre impérial de Constant (troisième fils de Constantin), Constance avait scellé un pacte avec les Germains en autorisant l’implantation des forces barbares entre le Rhin et la Moselle. Si Constance réussit ainsi à éliminer Magnence à la bataille de Mursa, l’empereur fut bientôt dépassé par les pressions barbares sur le territoire romain. Constance II décida alors d’envoyer Julien, son cousin, sous les encouragements de sa femme Eusébia, en le nommant César, alors qu'il venait d'assassiner le frère de celui-ci.

Julien lui-même commenta cette promotion dangereuse dans la Lettre aux Athéniens (361):

« Je ne dois pas omettre de raconter ici comment j'ai consenti et choisi de vivre sous le même toit que ceux dont je savais qu'ils avaient miné toute ma famille, et dont je soupçonnais qu'il ne leur faudrait pas beaucoup de temps avant de comploter contre moi. J'ai versé des torrents de larmes, j'ai poussé des gémissements. J'ai tendu les mains vers votre Acropole, quand je reçus l'appel, et j'ai prié Athéna de sauver son suppliant, de ne pas l'abandonner. »

Ammien Marcellin décrivit l’élévation de Julien comme César dans Histoire XV.

Julien avait des ennemis, et particulièrement les espions qui l’entouraient, envoyés de Constance II, comme les chefs d’état-major, Ursicin et Marcel.

Dans les premières années, Julien n’avait guère beaucoup de pouvoir en Gaule, malgré son titre de César : lui-même clamait qu’il était subordonné aux officiers et qu’il n’avait pas le pouvoir de rassembler des troupes, malgré les promesses retranscrites par Ammien Marcellin. Il semble effectivement que seuls Ursicins et Marcel avaient le pouvoir de commander.

Postérieurement, Eunape le confirmera dans La Vie des Sophistes en disant que Constance ne voulait pas que Julien commande en Gaule, mais seulement qu’il y meure.

Mais, un événement changea la situation : les Francs prirent Cologne, un point stratégique sur le Rhin. Julien intervient alors grâce à l’aide de Severus, ami qui fut nommé par Constance pour remplacer Marcel, incompétent. Très populaire auprès de ses soldats, Julien parvint à reprendre Cologne aux Francs, en commandant une armée gauloise.

Par la suite, Julien fut confronté à d’autres barbares, les Alamans, qui occupaient notamment le site de Strasbourg. Il attira les Alamans dans un get-apens près de Strasbourg, à la bataille d’Argentoratum, en août 357. Les Alamans défaits (6000 morts contre 243 dan le camp romain selon Ammien Marcellin) laissèrent de nombreux prisonniers, dont leur roi Chnodomar, que Julien envoie captif à Rome. Julien reprit l’offensive et par trois fois, franchit le Rhin et porta la guerre sur le territoire des Alamans (357, 358, 359). Entre temps, Julien avait installé son quartier général à Lutèce, située non loin du Rhin, délaissant Trèves et Milan.

Julien réussit à ramener la paix et la sécurité en Gaule, il s’est avéré un grand homme d’action, très populaire chez ses soldats, ce qui eut de grosses conséquences.

Mais l'élimination de Gallus seulement trois ans après qu’il ait été fait César ramèna Julien à la réalité, et ce fut le commencement d’une nouvelle période de sa vie.

            Julien était décrit comme très religieux et mystique, très chaste également, mais il était aussi très nerveux malgré son aspect frêle : Julien était avant tout un homme d’action, et non pas seulement un homme de contemplation.

Julien réussit à ramener la paix et la sécurité en Gaule, ses troupes étaient donc moins actives.

En 359, il reçut un message amené par un tribun des notaires, Decentius. La missive avait été envoyée par Constance II, alors que celui-ci venait d’être battu, le 6 octobre, par le roi des Perses au pied de la ville d’Amida.

Constance II exigeait l’envoi en Orient de quatre unités d’élite stationnant à Lutèce (les Aeruli, les Batavi, les Petulantes et les Celtae). Julien perdait ainsi les 2/3 de son armée.

On peut penser à une fragilisation de la part de Constance II, en même temps qu’un appel pour du renfort. Or, les troupes de Julien étaient peu enclines à partir, et furent poussées à la révolte par un ami de Julien, le médecin Oribase.

Ammien Marcellin dans Histoire XX raconte la révolte des soldats et l’acclamation de Julien dans la tradition germanique : celui-ci est hissé sur le pavois. On lui fit mettre le diadème, qui se résumait à un insigne de porte enseigne d’un des soldats, symbole de la consécration divine.

Le César devenait co-Empereur.

Julien raconta lui-même sa surprise, puis, dans son incertitude, sa prière à Zeus pour l’aider à surmonter la tâche qui l’incombait selon Libanius.

Cette grande réticence n’est pas sans rappeler celle avec laquelle les grands empereurs du haut empire prirent le pouvoir. Il s’agissait donc d’une usurpation, mais d’une usurpation involontaire de la part de Julien. D’ailleurs, lorsque Constance II est mis au courant, il ne voulut pas y croire, persuadé de l’honnêteté de Julien.

Quoi qu’il en soit, Julien tenta de faire accepter la décision à Constance II, mais ce dernier refusa de l’admettre.

Julien traversa alors les provinces danubiennes avec une armée qui ne dépassait pas les 25 000 hommes. Mais Constance II ne rencontra jamais l’armée de Julien car il mourut le 3 novembre 361, à Tarse, et désigna Julien comme son successeur.

         En 361, Julien devint le seul Auguste de l’Empire romain. C’est alors que le « masque tomba » comme beaucoup d’auteurs ayant écrit sur Julien l’affirmèrent. Julien annonça publiquement son paganisme.

Son dessein apparu au grand jour : rétablir les traditions anciennes, revenant sur la révolution enclenchée par son oncle Constantin Ier.

En effet, selon Ammien Marcellin, « son oncle avait été novateur et violateur acharné des lois et des coutumes instaurées depuis les temps anciens. »

D’abord, Julien entreprit des démarches inverses à celles qu’avait pu entreprendre Constantin Ier.

Paul Veyne, dans Quand notre monde est devenu chrétien (312-394), parle alors d’une « parenthèse chrétienne » ouverte par Constantin en 312, mais qui pouvait encore se refermer à jamais. En bref, Julien savait que rien n’était encore joué.

* Il promulgua un Edit de tolérance en 362, autorisant toutes les religions, abrogeant également les mesures prises non seulement contre le paganisme mais aussi contre les juifs et chrétiens qui ne suivaient pas le credo d’inspiration arienne. Selon Paul Petit, Julien espérait affaiblir le christianisme en ranimant les querelles intestines.

* Julien repris le titre de Grand Pontife au sens originel, relèva les temples, restaura les prêtres dans leur fonction. Il remplaça les notaires technocrates de Constance par des élèves de Libanius, et nomma de nouveaux gouverneurs, vicaires (responsable d’un diocèse subordonné au préfet du prétoire, mais supérieur au gouverneur) et préfets…choisis parmi les païens.

* Puis, il alla droit au but en promulguant des lois anti-chrétiennes, le 17 juin 362, comme les lois interdisant aux chrétiens d'enseigner la poésie classique parce qu'elle évoquait des dieux qu'ils refusent.

* En revanche, il refusa toujours les persécutions, (malgré quelques exécutions de soldats résistants), en affirmant que les chrétiens devaient reconnaître leurs erreurs par eux-mêmes.

Gibbon, dans Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire romain, parla du système très ingénieux utilisé par Julien afin de parvenir à ses fins sans être coupable de persécutions. Il autorisa par exemple la reconstruction du temple de Jérusalem, qui faisait ainsi mentir le Christ qui, dans l’Evangile de Marc, de Matthieu et de Luc annonçait la destruction du temple :

« Les jours viendront où il ne restera pas une seule pierre posée sur une autre de ce que vous voyez-là ; tout sera renversé ».

Ainsi, Julien avait une certaine considération pour les Juifs dont il reconstruisait le temple. En effet, pour lui, le christianisme étant une déformation du culte de Yahvé.

* Julien prit aussi modèle sur l’Eglise chrétienne afin de réformer les institutions païennes = il la hiérarchisa sous ses grands prêtres, assimilés à des évêques, chargés des sacrifices et les cérémonies, mais il créa également des institutions charitables et invita donc à pratiquer les vertus chrétiennes de charité envers les pauvres et les malades, d’ascétisme… en hommage involontaire à l’adversaire => réminiscences de son éducation.

Julien désirait revenir à un système moins autocratique et plus conforme à la tradition républicaine : il était partisan d’un principat libéral.

* Il réorganisa donc et assainit l’administration en réduisant le personnel du palais et celui qui était affecté à l’espionnage et la délation (les notaires).

* En accord avec son mode de vie sobre, il réduisit le cérémonial et l’apparat de la cour. Il expulsa notamment les serviteurs du palais.

* Il rendit au Sénat ses anciens privilèges : immunités fiscales et judiciaires.

* Il rendit aux curies (les lieux de rassemblement du conseil municipal en province) le droit de perception des impôts, les repeupla de personnes capables d’assumer financièrement cette charge et dispensa la curiale de chrysargyre (impôt reçu en métaux précieux). 

* Il tenta de rendra la justice personnellement autant que possible et fit réduire le temps d’attente des procès ;

* Il essaya de réduire les charges qui accablaient certaines classes sociales, en s’opposant notamment aux arriérés d’impôts qui ne profitaient qu’aux riches. Il restitua également aux cités leurs biens communaux confisqués par Constantin :

ex. dans le Misopogon, il affirma au sujet des Antiochiens :

« il y avait trois mille lots de terre en friche et vous avez demandé à les prendre. Mais après les avoir pris, vous les avez répartis entre des gens qui n’en avaient pas besoin. »

Il s’agissait d’une grosse erreur commise par les habitants d’Antioche. Julien désigna alors les fraudeurs pour les liturgies municipales les plus lourdes.

D’ailleurs, l’épisode d’Antioche est l’un des faits majeurs de la fin du règne de Julien.

Julien s’installa à Antioche en 362 afin de préparer une expédition militaire contre la Perse :

-         selon Libanios entreprise afin de réconcilier les païens et les chrétiens et de restaurer l’unité nationale afin de restaurer l’unité héréditaire ;

-         Julien a voulu suivre l’exemple d’une de ses idoles, Alexandre le Grand : il était lui aussi attiré par le mirage oriental.

Mais à Antioche, il fut très mal accueilli par la population de la ville, et se fâcha avec elle pour plusieurs raisons :

* son paganisme d’abord – il exhuma les restes d’un martyr local, Saint Babylas et fit fermer la cathédrale, alors qu’Antioche était l’un des grands patriarcat chrétien ;

* sa rigueur morale ensuite qui contrastait trop violemment avec les débordements habituels des Antiochiens et les clivages sociaux très marqués au sein de la cité.

Julien était impopulaire, mais cela ne l’empêcha pas, au printemps 363, de lancer sa vaste expédition militaire.

          Le 5 mars 363, Julien quitta Antioche accompagné de son armée gauloise et des troupes du Roi d’Arménie Arsacès.

L’Empereur perse Shapur II avait pris Amida, Singara et Bezabdé, à l’insu de Constance II. Julien, désireux de venger les défaites subies, et se laissant éblouir par le mirage oriental comme Alexandre, partit à la tête d’une armée 65 000 hommes, pénétra dans le territoire perse en suivant l’Euphrate. De son côté, une troupe de 30 000 hommes commandées par Procope devait longer le Tigre et opérer la jonction avec les troupes de Julien. Après de multiples succès (occupation de Zaïtha, de Birtha),  il franchit le Tigre de nuit puis renonca au siège de Ctésiphon, capitale perse. Il entama ensuite une marche vers le nord mais fut tué lors d’un combat d’arrière-garde (afin d’empêcher la déroute de son armée) le 26 juin 363.

Le corps de Julien fut ramené à Tarse, où il fut inhumé.

Les récits de sa mort illustrent parfaitement la double légende forgée autour de Julien :

-         la légende dorée autour d’un empereur digne des grands empereurs du Haut Empire.

Cf. l’historien Eutrope, qui participa à l’expédition contre les Perses, dans l’Abrégé de l’Histoire romaine.

« il n'était pas sans rappeler beaucoup Marc Antonin, qu'il s'étudiait d'ailleurs à prendre pour modèle.

Cf. Libanius, dans son éloge funèbre :

Il voyait en Julien un héros admirable, digne d'Auguste ou de Trajan, presque un nouvel Énée.

-         la légende noire d’un empereur qui voulut saper le christianisme, alimentée par les auteurs ecclésiastiques qui racontèrent que saint Basile le Grand, contemporain de Julien, avait eu, lors d’une nuit de prière, une vision prémonitoire : Julien l’Apostat était terrassé par la flèche d’un ange et celui-ci s’écriait avant de mourir « Tu as vaincu, Galiléen !»

Malgré toute l’énergie déployée par Julien, son action s’est bien vite avérée vaine. Chaste, Julien ne désirait pas d’héritier mais voulait faire perdurer la tradition des Antonins en choisissant le « meilleur ». A sa mort, l’officier illyrien Jovien fut nommé empereur par les autres officiers de l’armée d’Orient, et abrogea les mesures anti-chrétiennes instaurées 

Mais Julien laissa tout de même un certain nombre d’œuvres qui nous avons conservé, et qui prouve les affinités particulières de Julien pour :

- l’hellénisme et la philosophie néo-platonicienne même s’il clama qu’il n’était guère un philosophe affirmé mais un simple étudiant.

Cf. textes philosophico-politiques comme la Lettre aux Athéniens ou La Lettre à Thémistios, également philosophe, dans laquelle il affirme :

« Que personne ne me vienne diviser la philosophie en plusieurs parties, ou la découper en plusieurs morceaux, ou plutôt en créer plusieurs à partir d'une seule ! La vérité est une, et semblablement la philosophie est une. »

- le paganisme et une aversion contre les Chrétiens :

- Sur la Mère des Dieux, au sujet de la divinité Attis, sur le culte de Cybèle (mère des dieux) et autres mystères,

- l’Hymne à Hélios-Roi, dans lequel il affirme que le soleil est l’image visible de Dieu, revenant ainsi au monothéisme solaire, le Sol Invictus, de Constance Chlore et Constantin.

- Contre les Galiléens, fut détruit par la suite car jugé démoniaque.

- A la fin de son pamphlet Caesares, il lança une invective contre Jésus, toujours prêt à pardonner les crimes par le baptême, comme les meurtres commis par Constantin Ier et Constance II.

Cf. Panégyrique en Gaule, rédaction d’un panégyrique de Constance II : selon les auteurs d’aujourd’hui comme G.W. Bowersock, Julien était jeune et ambitieux, et profita donc de l’occasion pour innocenter Constance II des meurtres commis après la mort de Constantin. Ainsi, Julien mettait ainsi son pire ennemi en confiance puisque semble-t-il, il ressentait tout de même une rancœur très forte envers lui.

Cf. Second panégyrique qu’il rédigea sur Constance, référence à la querelle entre Achille et Agamemnon dans l’Iliade d’Homère. Julien observait qu’Agamemnon échoua à traiter avec son général modérément.

Le parallèle est aisé entre la relation d'Agamemnon et Achille et  celle de Julien et Constance II.

Enfin il rédigea un dernier panégyrique certainement sincère pour Eusébia, épouse de Constance, qui lui fut très favorable.

- des œuvres plus personnelles :

- Consolation pour lui-même pour le départ de l’excellent Salluste, loin des Gaules.

Cette œuvre est exclusivement philosophique, et un éloge de son meilleur ami. Il compare leur amitié à celle de Périclès et Anaxagore, et affirme qu’un lien commun persiste entre eux : la pensée, qui les unit à jamais.

- ouvrage satirique : le Misopogon, ou l’ennemi de la barbe (donc l’ennemi de Julien, qui avait une barbe de philosophe tout comme Marc-Aurèle), Julien met en évidence la haine qu’il inspire, notamment chez les Antiochiens.

Mais on lui a souvent associé des constructions qui n’étaient pas de son fait, notamment les importantes ruines d’un somptueux établissement de bains publics et de son célèbre frigidarium (bain froid) que l’on peut aujourd’hui voir à l’angle de la rue Saint-Michel et de la rue du Sommerard, et qui datent en réalité de Constance Chlore.

Mais il n’y a pas que ses œuvres qui lui survécurent pas : sa légende noire forgée dès son vivant lui survécut également. En effet, au Moyen Age, Julien l’Apostat est apparu comme un monstre sanguinaire, qui profanait les tombeaux chrétiens et qui aurait certainement fini par persécuter ces mêmes chrétiens s’il avait vécu plus longtemps.

Mais le doré de la légende forgé par Julien lui-même, par Ammien Marcellin et tant d’autres païens, est parvenu à retrouver de son éclat grâce aux philosophes des Lumières anti-cléricaux, comme Voltaire, qui, délaissant tout préjugé religieux dans son Dictionnaire Philosophique plaça Julien II au rang du plus grand empereur philosophe :

« La saine critique s’étant perfectionnée, tout le monde avoue aujourd’hui que l’empereur Julien était un héros et un sage, un stoïcien égal à Marc-Aurèle. »

[1] Hiérophante : prêtre qui explique les mystères du sacré.

[2] Néo-platonicien : conciliait la philosophie de Platon avec certaines doctrines religieuses orientales de l’Egypte et de l’Inde. Elle a pour but la résolution du problème de l’Un et du Multiple. Il s’agissait surtout de comprendre comment passer de l’Un au Multiple, alors que nous constatons ce Multiple dans la nature, mais que l’Un est le fondement de l’intelligibilité. 


Posté par Didice à 21:26 - - Commentaires [4] - Permalien [#]


Commentaires sur Julien l'Apostat

    Bonsoir, toujours agréable de lire un de tes nouveaux articles, mais là j'avoue que j'ai un peu décroché........ Mais je reconnais l'excellent travail historique (ce n'est que moi) A bientôt

    Posté par silvi, 22 octobre 2007 à 22:46 | | Répondre
  • Oui tu as raison, c'est vraiment compliqué. Pour arranger le tout ils se tuent entre eux ces empereurs ! Surtout que c'est une période de l'empire romain que l'on ne connait pas forcément très bien. Je reprendrai ce week end Silvi et je tenterai de faire une intro qui pose le contexte !

    A bientôt !

    Posté par Didice, 24 octobre 2007 à 18:17 | | Répondre
  • Hé Bé! Cela mériterait effectivement que je me replongeasse dans cette période.

    Posté par aldeaselva, 26 octobre 2007 à 10:15 | | Répondre
  • Un p'tit coucou...

    Bonsoir, Didice un petit coucou. Je n'ai pas encore fait l'article sur la Grèce, mais je n'ai pas oublié....... en revanche je viens t'informer que je présente le 1er épisode de mes photos des Antilles.
    Je serais contente de te recevoir sur mon blog
    Amicalement

    Posté par SILVI, 04 novembre 2007 à 00:32 | | Répondre
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