15 septembre 2007

"Le plus bel animal du monde"-Ava Gardner

Suite à une demande, je publie un article succinct au sujet d’une star de l’âge d’or du cinéma hollywoodien. Je le place dans la catégorie : Personnages historiques…oui, même les acteurs font partie de l’histoire. J’ai choisi, pour commencer, une très belle femme : Ava Gardner.

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La « comtesse aux pieds nus » est une femme de légende, inaccessible et mystérieuse. Pourtant, elle laissa à sa mort, le 25 janvier 1990, des Mémoires exceptionnelles retraçant sur un ton décontracté son parcours d’actrice mondialement connue. Cette simplicité tranche complètement avec le souvenir que nous avons des actrices d’Hollywood : la mine toujours triste et hautaine d’une Greta Garbo, le regard méfiant et glacial d’une Lauren Bacall, la beauté parfaite et froide d’une Grace Kelly. C’est ce qui est intéressant dans le cas d’Ava Gardner : fille de fermiers, elle affirmait aimer sentir « le contact de la terre cuite par le soleil, de l’herbe verte, de la boue meuble et de l’eau des ruisseaux. » Nous voilà bien loin de la cold cream, des robes de satin noir et des talons hauts.

Petite dernière d’une famille de sept enfants, née le jour de Noël 1922 à Grabtown, en Caroline du Nord, Ava est un déjà un fillette magnifique, mais aussi un véritable garçon manqué : « J’adorais le sport, l’action, et je pouvais rivaliser avec la plupart des garçons. » Mais bien vite elle caresse le rêve d’être chanteuse, puis actrice de théâtre : elle devra renoncer aux deux carrières, atteinte d’une timidité maladive. Qui l’aurait cru ? Résignée, Ava entame à dix-sept ans des études de sténodactylo pour devenir secrétaire…mais son beau-frère, le photographe Larry Tarr, remarque son exceptionnelle beauté, et expose un portrait d’elle dans la vitrine de son studio de la Cinquième Avenue. Ce dernier prend également l’initiative d’envoyer les clichés à la Metro-Goldwyn-Mayer.

Ava est convoquée pour un bout d’essai, mais son accent sudiste « à couper au couteau » la condamne à poser pour les photographes. Elle ne devait pas ouvrir la bouche ! En août 1941, elle signe alors le fameux contrat de sept ans avec la MGM, lui offrant le salaire, exorbitant à ses yeux, de 50 dollars par semaine. Elle est ravie à l’idée de côtoyer Clark Gable et Joan Crawford, ses deux idoles, mais ne mesure par les contraintes que lui impose ce contrat : il lui est interdit de quitter Los Angeles, de se marier sans permission, et des contraintes financières lui seront imposées si elle venait à avoir un enfant (ce qui explique les multiples avortements des actrices pendant l’Age d’Or du cinéma américain. Comme quoi, cet Age n’était pas seulement fait d’Or…). Sa spécialité devient la photo de genre. Elle dira non sans humour : « Je ne me rappelle pas combien de maillots de bain j’ai usés sans toucher jamais la moindre goutte d’eau. J’ai lancé assez de regards de braise dans ce studio pour faire fondre le pôle Nord. »

Mais les photos d’Ava sont vite remarquées par l’un des enfants terribles d’Hollywood : Mickey Rooney, qui devient son amant. Elle insiste pour qu’il l’épouse, ce dernier en obtient l’autorisation, et ils se marient le 10 janvier 1942.

                                                            

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Hélas, Mickey Rooney, âgé de 22 ans, ne prend pas vraiment au sérieux son rôle de mari, et laisse une place primordiale dans son emploi du temps aux terrains de golfs et aux jolies filles. Ava ne le supporte plus : ils divorcent le 21 mai 1943.

               Seule, elle se laisse courtisée par le milliardaire Howard Hugues, producteur et passionné d’aviation qui bat de véritables records. Si ce sujet vous intéresse, voyez le film Aviator de Martin Scorsese, avec Leonardo DiCaprio dans le rôle de Hughes, et Kate Beckinsale dans le rôle d’Ava.

               C’est à cette époque qu’elle tourne son premier film, We Were Dancing, où elle ne fait en réalité que passer. Il faut attendre 1944 et Trois Hommes en blanc de Willis Goldbeck pour que la critique l’apprécie à sa juste valeur : la MGM quadruple son salaire. Mais le film qui la révèle véritablement est Les Tueurs, de Robert Siodmak, tiré d’une courte nouvelle d’Ernest Hemingway, qui fixe son image de femme fatale.

                                                

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Le 7 octobre 1945, Ava se remarie avec le brillant jazzman et chef d’orchestre Artie Shaw, de qui elle divorcera en 1946... Elle enchaîne les tournages, et apparaît en 1948 dans la comédie Un Caprice de Vénus, ce William A. Seiter, où le public découvre la sculpturale nudité par statue interposée, avant que la censure n’y jette pudiquement un drapé. En 1951, Ava joue un autre film clé de sa carrière : Pandora, d’Albert Lewin. Transposées dans les années 30 sur les bords de la Méditerranée, deux légendes s’entrelacent, celle du Hollandais volant, un marin du XVIIe siècle condamné à errer sur les flots pour flots pour l’éternité à moins qu’une femme ne soit prête à mourir pour lui, et celle de Pandore, première femme selon la mythologie grecque, que les dieux dotèrent de tous les dons, mais qui ouvrit la boîte où Zeus renfermant tous les maux. Ce film fait passer Ava de la « femme fatale » à la « femme totale », c’est-à-dire qu’elle se révèle dans la plénitude féminine, de la passion, de la sexualité mais aussi de l’âme, selon Edgar Morin.

Mais Ava semble vouée aux sacrifices dans ses films : Hollywood l’envoie aux quatre coins du monde pour tourner, et, dans presque tous les longs métrages, elle semble devoir s’effacer pour une autre. Par exemple dans Show Boat de George Sidney, où elle est la chanteuse mulâtre Julie Laverne, victime de racisme ; dans les Neiges du Kilimandjaro, très grand succès de l’année 1952, où elle est Cynthia, un personnage secondaire effacé par Susan Hayward, qui perd son enfant et trouve la mort pendant la guerre civile espagnole.

Enfin, en 1953, elle tourne un film où elle semble prendre le dessus : Mogambo, de John Ford. Clark Gable, Grace Kelly et Ava Gardner s’envolent pour l’Afrique de l’Est où ils passent un effroyable séjour. Chacun souffre des conditions climatiques, des maladies…Seule Grace Kelly surmonte l’épreuve sans dommage, tentant de redonner du courage à tous les membres de l’équipe. Franck Sinatra est aussi de la partie : il rejoint sa femme Ava (ils se sont mariés en 1951) en Afrique. Dans ce film, Ava oppose sa superbe maturité à la blonde pureté de Grace Kelly, et a bien du mal à ramener à elle Clark Gable, dont le cœur oscille entre les deux femmes. Ce film lui offre son unique nomination aux oscars de toute sa carrière.

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Après le tournage du film La Comtesse aux Pieds nus (1957) qui s’ouvre funestement sur l’enterrement du personnage qu’elle joue, aux côtés d’un Humphrey Bogart déjà ravagé pas la maladie, Ava Gardner s’installe en Espagne, lassée par Los Angeles et ses déboires sentimentaux avec Sinatra – avec qui elle divorce justement en 1957. Mais en 1968, le gouvernement espagnol lui réclame 1 million de dollars d’arriérés d’impôts : prise à la gorge, Ava va s’installer à Londres. Dès ce moment, elle mène une vie retirée, entourée de ses chiens. 


La Comtesse aux pieds nus 1954 (BA)
Vidéo envoyée par hoel6128

Considérée à distance comme « le plus bel animal du monde », Ava Gardner est parfois rappelée de sa retraite pour le tournage de certains films exceptionnels, dans lesquels elle apparaît dans toute sa splendeur mature : Les 55 jours de Pékin (1963), La nuit de l’Iguane (1964) où elle apparaît en tenue négligée et le chignon défait, La Bible (1966) où elle joue le rôle de Sarah, épouse d’Abraham. Mais bien loin de l'effervescence d'Hollywood qu'elle ne supportait plus, Ava mourut à Londres, seule, en 1990, regrettant amèrement l’enfant qu’elle a perdu et ses idylles passionnées, mais sans lendemain, dont la plus célèbre reste celle avec Franck Sinatra.

      

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Posté par Didice à 11:05 - - Commentaires [3] - Permalien [#]


Commentaires sur "Le plus bel animal du monde"-Ava Gardner

    Il ne manque qu'une photo d'Ava en costume d'Eve,et pour ma pomme, ce serait le paradis, cet article!

    Posté par aldeaselva, 16 septembre 2007 à 08:43 | | Répondre
  • Hélas, la censure de l'époque était très très sévère...Le code Hays n'avait aucune clause permettant à Monsieur Aldeaselva d'atteindre le paradis. Pour cela, t'aurait-il dit, il ne faut pas voir Ava en costume d'Eve, mais il faut au contraire ne jamais oublier la feuille de vigne !

    Posté par Didice, 16 septembre 2007 à 09:00 | | Répondre
  • Vigne? Tiens, ça me fait penser, je vais m'en jeter un petit. On est bien dimanche, non? Le jour du seigneur?

    Posté par aldeaselva, 16 septembre 2007 à 11:01 | | Répondre
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