11 septembre 2007
Kingdom of Heaven
Kingdom of Heaven
Vidéo envoyée par langewill
Pour tous ceux qui s'intéresseraient aux croisades, voici un film très réussi, très réaliste et très bien réalisé (par Ridley Scott, un maître du genre). Cette histoire vraie se déroule en 1187, et remet en place les circonstances de l'attaque de Jérusalem par Saladin et la défense de la ville sainte par Balian d'Ibelin. Si, bien sûr, le récit est très largement romancé, il ne manque pas de poésie, et prône avec force conviction la tolérance, la loyauté, le courage, le tout teinté d'un zeste de spiritulité qui ne gâche rien. A voir...
Les castrats
Farinelli - Händel -Lascia ch'io pianga
Vidéo envoyée par Quarouble
Lascia ch'io pianga de Haendel, extrait du film Farinelli (1994) pour illustrer l'article sur les Castrats.
Le castrat est la figure par excellence de la musique baroque et du bel canto[1]. Il fascine aujourd’hui, et peut-être encore plus qu’au XVIIe et XVIIIe siècles. La raison en est simple : malgré les multiples prouesses informatiques effectuées à l’occasion du tournage du film Farinelli, en 1994, le médiocre enregistrement sur cylindre de cire du dernier castrat occidental, Alessandro Moreschi (1858-1922), et les personnalités lyriques actuelles qui tendent à une telle performance, rien ne nous permet désormais de nous délecter des sons extraordinaires qui émanent de sa gorge. En outre, cette personnalité hors du commun nous attire parce qu’elle nous apparait inhumaine, car privée de ce qui fait la virilité masculine, et surhumaine en raison de son timbre de voix unique, pouvant rivaliser de puissance avec une petite trompette. Le castrat est, à nos yeux, auréolé du mystère que lui procure sa condition presque tératologique. D’ailleurs, ne nous laissons pas aveugler par l’image laissée par le film de Gérard Corbiau : celle d’un castrat magnifique incarné par Stefano Dionisi. La castration enraye la croissance, et l'"homme" en conserve des séquelles : outre le son de sa voix, il est véritablement difforme. Ses membres sont grêles, sa peau imberbe et semblable à celle d’une femme. En revanche, sa taille est haute et sa cage thoracique masculine. Son physique est donc résolument disproportionné. Mais il envoûte tant son auditoire que celui-ci en oublie son physique ingrat, souvent atteint d’obésité, pour s’imaginer une créature divine.
Nous aboutissons donc à une question délicate : les castrats sont-ils des monstres ou des créatures divines ?
[1]Le bel canto est l’art du chant lyrique et de la recherche d’une grande virtuosité vocale.
La castration n’est certainement pas née au XVIIe siècle, ni même en Italie, d’où proviennent l’essentiel des grands castrats baroques : elle était pratiquée depuis des siècles dans les civilisations asiatiques ou orientales. Mais pour comprendre sa pratique en Occident, il est indispensable de se référer aux Saintes Ecritures : dans un passage de la première Epître de Saint Paul aux Corinthiens, il est clairement dit : « Que vos femmes se taisent dans les assemblées. » Le message étant on ne peut plus limpide, les femmes sont, dès le Moyen Age, interdites de séjour dans le chœur des églises, et les messes chantées sont le fait des hommes seulement. Mais cela n’est pas sans poser problème pour chanter les registres aigus, très en vogue à l’époque. En effet, alors qu’au XVIe siècle l’Eglise est secouée par la réforme, les chanteurs eunuques venus de lointaines contrées captivent les auditoires des églises, attirés là par leur performance : au départ donc, la castration n’a pas pour aboutissement les planches des opéras, mais bien les dalles froides des églises, et c’est le pape Clément VIII (1592-1605) qui autorise cette pratique afin de créer des voix angéliques pour honorer la gloire divine. D’un point de vue pratique, la castration consiste à enlever les testicules avant la puberté afin d’empêcher la sécrétion de testostérones et de priver l’individu de toute capacité de reproduction. La mue est ainsi bloquée, et le larynx, au lieu de s’allonger pour donner une voix plus grave, ne bouge plus. Le castrat a ainsi la voix cristalline d’un enfant, conjuguée à l’important volume de la cage thoracique masculine : Farinelli, de son vrai nom Carlo Broschi, (1705-1782), pouvait parcourir trois octaves avec la même puissance. Mais la formation d’un castrat est un travail difficile : théorie, pratique, gestuelle, art dramatique, culture antique et littérature sont au programme de leur éducation. Outre leur don, ces musici sont aussi, pour certains, de fins lettrés. C’est la ville de Naples qui s’est le plus clairement affichée comme centre de formation de castrats, avec quatre conservatoires : Sant'Onofrio, La Piétà dei Turchini, Santa Maria di Loreto et Li Poveri di Gesù Cristo. Etre castrat est devenu l’objectif de nombreux jeunes garçons, encouragés par leur famille, et chacun rêve d’être sous la responsabilité du célèbre Nicolo Propora. Mais la parfaite maîtrise de l’art, et la réussite de ces études restent excessivement rares et exceptionnelles : sur 4000 jeunes garçons émasculés par an à Naples au XVIIIe siècle, combien ont obtenu le succès fou d’un Cafarelli ? L’inverse est également valable : combien ont fini leur vie inconnus et plein de regrets, ne pouvant réparer l’irréversible ?
Les castrats connaissent leur heure de gloire lorsque le succès de la musique baroque est à son paroxysme : dans le baroque, tout est dans le mouvement, dans l’abandon de la ligne droite comme l’indique son nom barrocco, qui désigne une perle aux contours irréguliers. Style musical savant et sophistiqué, le baroque est fait de contrastes entre des notes tenues et courtes, graves et aigues. Tout dans le baroque se caractérise par la diversité, les contradictions et les différences : l’homme baroque lui-même recherche le dépassement des antithèses, et quelle personne mieux que le castrat peut permettre le dépassement de la distinction homme-femme ? Le succès, les castrats l’obtiennent dès le XVIIe siècle, comme le montre la gloire rapidement obtenue d’Alessandro Scarlatti vers 1680 et les opéras écrits pour eux tels que Le couronnement de Poppée de Monteverdi, et la Clémence de Titus de Mozart. Appesantissons-nous un instant sur un des grands compositeurs de l’époque, sinon le plus grand, Haendel (1685-1759) : lorsqu’il compose, les castrats sont au fait de leur gloire, les grands noms de l’époque sont Giuseppe Appiani ou encore Felice Salimbeni, très admiré par Casanova. Haendel crée des partitions spécialement pour certains castrats, comme le rôle de Didymus dans son Théodora pour Guadagni, ou encore l’opéra Bérénice pour Il Gizzielo. Mais une place de choix doit revenir à la relation entre Haendel et Farinelli : ce dernier a suivi les leçons de Porpora à Naples et sème une tempête d’admiration une fois arrivé à Londres en 1734. Mais là, le castrat refuse de chanter pour Haendel, qui ne cesse pourtant de lui faire des propositions alléchantes : Farinelli se produit même dans un théâtre rival à celui d’Haendel, provoquant la faillite de celui-ci. Le succès, les castrats ne l’obtiennent pas seulement auprès des compositeurs : ils sont véritablement adulés, leur voix pénètre avec une acuité jamais connue l’ouïe la plus délicate et la plus exigeante. Mais c’est surtout auprès des femmes que les castrats trouvent leur plus grand auditoire : celles-ci les auréolent de fantasmes, et l’eunuque privé de sa semence dangereuse devient l’objet privilégié du désir féminin. Ils sont invités dans toutes les grandes villes, les grands théâtres et les grandes cours, comme Farinelli en Espagne sous le règne de Philippe V. Mais s’ils peuvent remporter des succès exceptionnels, les castrats sont aussi la risée de certains, ce qui n’est guère de bonne augure pour leur avenir.
Les castrats, donc, ne font pas non plus l’unanimité. Les Anglais, par exemple, sont très fréquemment hermétiques à l’émotion transmise par ces personnages asexués, autant en raison du répertoire italien qu’ils produisent que de leur timbre de voix. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, la dénonciation de la pratique de la castration devient plus fréquente : les termes péjoratifs sont de plus en plus usités afin de désigner les castrats (Castrone, i.e. gros castré ; Coglione, i.e. couillon…), et pour Jean Le Cerf de la Viéville, "Les voix perçantes des Castrats finissant par irriter et blesser l'oreille, et des chanteurs sont rapidement bien laids, bien ridés, vieux et fanés de bonne heure." Les castrats sont donc aussi l’objet de commentaires ironiques et hostiles qui les maintiennent, quoi qu’il arrive, à la marge de la société, malgré l’adoration dont ils sont les objets.
Si les castrats sont victimes de ce paradoxe dans la société, ils le sont aussi dans l’Eglise. Sollicités d’abord par cette dernière, la castration viole pourtant toutes les lois de la religion catholique, puisque la théologie affirme que nous ne sommes par propriétaires de notre corps, mais gardien de ce que Dieu nous a donné. L'Eglise, nous l’avons vu, gagne considérablement grâce à cette pratique. D’abord, très souvent, les chanteurs castrés sont voués à la vie ecclésiale, puisque leur émasculation est des plus bénéfiques en cas de tentation – l’éthique religieuse luttant pour prévenir les relations sexuelles hors mariage. En outre, ces chanteurs de qualités dans les églises garantissent une plus grande assiduité des fidèles, et donnent une grandeur incomparable à l’Eglise. Si effectivement, au début, l’Eglise fermait les yeux puisque les émasculations sont souvent justifiées par des causes accidentelles ou d’ordre médical - une des motivations les plus en vogue est la morsure de cygne ou d'une bête sauvage. Farinelli, lui, se justifia par une chute de cheval - rapidement le nombre de castrés augmente considérablement, ce que l’Eglise ne peut tolérer. Nombreux sont les mécènes qui prennent en charge de jeunes chanteurs, les castrent et les font travailler à un rythme effréné. Mais dans les rangs des religieux, les avis sur les castrats divergent : grâce à l'influence de Papes passionnés d'opéras tels Urbains VIII Barberini et Clément IX Rospigliosi, certains chanteurs de chapelle castrats sont autorisés, vers la moitié du XVIIème siècle, à apparaître dans des opéras. Plus tard, cette façon d'agir est désapprouvée par des papes plus rigoureux, notamment Clément XIV qui, à la fin du XVIIIe siècle, interdit la castration, et condamne ainsi l'existence des castrats.
Après l’interdiction énoncée par le pape Clément XIV, les castrats disparaissent progressivement, même si nous en connaissons jusqu’en 1922, notamment Alessandro Moreschi. Aujourd’hui, en l’absence de castrats, le répertoire destiné à ce genre de voix est chanté par des contre-ténors ou mezzo-soprano à la voix agile et étendue. Ce qui est certain, c’est qu’ils continuent de nous fasciner : le prouve la dernière exhumation des restes de Farinelli, enterré au cimetière de Bologne, afin d’obtenir des informations sur l’origine de sa voix extraordinaire, notamment la circonférence de sa cage thoracique et la taille de sa bouche. Mais notre fascination a des origines bien plus profondes qu’une quelconque admiration de leur performance vocales : à nos yeux, ils ne sont ni homme ni femme, ils ont une voix de femme dans un corps d'homme, sont l’union du masculin et du féminin, donc la plénitude retrouvée.
Les Femmes Du Cinéma (Women In Film Morphing)
Les Femmes Du Cinéma (Women In Film Morphing)
Vidéo envoyée par PeteRock
C'est quand même de l'histoire : les femmes du cinéma depuis les débuts du star system, de Mary Pickford à Halle Berry...régalez-vous...
Mary Pickford, la première actrice vue sur la vidéo, est la plus grande star féminine du cinéma muet, avec Greta Garbo. Si cette dernière a bien su s'adapter au cinéma parlant dès les années 1920 (le premier grand film parlant fut le Chanteur de Jazz en 1927), Mary Pickford vit sa carrière se briser, incapable de poser sa voix et de jouer autrement qu'en mimant...Elle resta célèbre, notamment en raison du couple glamour qu'elle forma avec un autre grand acteur du muet qui ne survécut pas non plus au parlant : Douglas Fairbanks...
Les chevaliers au Moyen Age
A écouter en lisant cet article : Hans Zimmer, Da Vinci Code, Chevaliers de Sangreal
Cet article est inspiré de l’article « Le guerrier et le chevalier » de Franco Cardini.
Souvent, le Moyen Age nous apparaît comme une époque dangereuse, traversée par les guerres, les massacres, les destructions. Et en effet, nous ne nous trompons pas en imaginant le monde du Xe siècle comme dur et dangereux. Les royaumes occidentaux, puisque se sont eux qui nous intéressent, étaient sans cesse concernés par des menaces exogènes – les invasions vikings, magyars, sarrasines –, mais aussi par des menaces endogènes – surtout les luttes entre des aristocrates rapaces et violents. Les pauvres gens, définis par l’Eglise comme pauperes (veuves, orphelins…), n’étaient assurés d’aucune sécurité, et étaient le plus souvent les premières victimes des accès de violence. Cette période, qui va de la fin du IXe au XIe siècle, fut surnommée l’ « anarchie féodale ».
C’est ce climat oppressant qui poussa les chefs de certains diocèses, assistés par des aristocrates et des hommes de combats – les milites – à engager dès la fin du Xe siècle un mouvement de paix appelé la Pax Dei : les sanctuaires, les marchés etc. furent placés sous la tutelle de cette Pax, de même que les pauperes. Tous ceux qui commettaient l’irréparable dans les lieux ou envers les personnes concernés, et qui plus est certains jours de la semaine où les meurtres étaient interdits (l’après-midi du jeudi et du dimanche), étaient excommuniés. Ce programme mobilisa des « forces de l’ordre » au service de la Pax : les milites christi, prêts à engager leur épée au service du sacerdoce. L'apparition de ces milites acquis aux idéaux chrétiens n’était en réalité par seulement le fait de la Pax Dei, mais aussi d’un besoin de forces de plus en plus solides pour défendre la chrétienté occidentale en pleine expansion. Il s’agissait alors d’une contre-offensive chrétienne tandis que l’Islam était en stagnation après une expansion du VIIe au Xe siècle (Cf. la Reconquista espagnole). Apparut donc un christianisme de guerre, mêlant spiritualité chrétienne et gloire militaire. L’une des figures majeures de ce phénomène était Roland, neveu de Charlemagne, mort lors d’une embuscade maure au col pyrénéen de Roncevaux. Avant de mourir, Roland tendit son gant à Dieu et le ciel s’ouvrit pour permettre à une foule d’anges d’accueillir le héros.
Mais une question se pose : est-ce réellement l’Eglise du XIe siècle qui a inventé les idéaux chevaleresques, c’est-à-dire cet idéal de défense des faibles et de martyre pour la foi ? Autrement dit, quelle a été la relation exacte de la chevalerie, de la spiritualité chrétienne et de l'Institution ecclésiastique au cours du Moyen Age ?
Nombreux sont les chercheurs qui, aujourd’hui, pensent que les écrits hagiographiques et liturgiques se sont adaptés à des idéaux chevaleresques au départ profondément laïcs, de manière à jouer sur leur popularité. Il s’agit donc moins de parler de christianisation de la culture chevaleresque que de militarisation de témoignages chrétiens afin d’en faire des instruments de propagande. En général, l’esprit de fond des chansons chevaleresques était profondément folklorique malgré une arrière-pensée chrétienne. Par exemple, dans certaines chansons, des chevaliers blessés sur le point de mourir se donnaient mutuellement la communion avec un brin d’herbe cueilli sur le champ de bataille en guise d’hostie. De même, les chansons consacrées à la première croisade (1096-1099) ne sont pas tant le résultat d’une christianisation de la chevalerie. L’indique le personnage de la poésie épique La conquête de Jérusalem, Thomas de Marle, qui n’hésita pas à massacrer les femmes et les enfants, et à utiliser un talisman magique pour s’assurer l’invulnérabilité au combat. Parallèlement, il fut ému aux larmes devant le Saint-Sépulcre.
Il ne faut cependant pas nier l’existence d’ordres monastiques militaires, créés à l’occasion des croisades et de la défense de la chrétienté occidentale. Donnons quelques exemples de ces ordres : d’abord les chevaliers du Temple, ou Templiers, nommé ainsi car Baudouin II, roi de Jérusalem, leur avait permis d’occuper le temple de Salomon ; ensuite, l’ordre de l’Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem ; puis, l’ordre de Sainte Marie, dit des chevaliers Teutoniques car ne pouvaient y accéder que des hommes d’origine allemande ; enfin des ordres moins connus, destinés à la défense des pèlerins de Saint Jacques de Compostelle en Galice contre les Maures comme l’ordre de Santiago ou d’Alcantara.
Ces ordres étaient légitimés par les grands religieux, c’est le cas des Templiers, qui le furent par Bernard de Clairvaux. Celui-ci considérait ces derniers comme des moines guerriers. Certes ils tuaient, mais plutôt que de supprimer leurs ennemis en tant qu’êtres humains, les Templiers supprimaient des païens porteurs du mal. Ce n’était donc pas un homicide, mais un malicide. Cette coïncidence entre chrétienté et chevalerie est évidente dans les écrits d’un auteur cistercien du XIIIe siècle, La Queste du Graal, décodée selon une mystique eucharistique guerrière, et dans laquelle le chevalier était à la recherche d’une identité et d’une conscience de soi qui lui échappait. Le chevalier était le principal héros du roman initiatique, lancé ainsi à l’aventure.
Dans la réalité, le chevalier courait réellement à l’aventure, souvent dans l’objectif de trouver une épouse, si possible plus riche qu’il ne l’était, afin de mettre un terme à son errance…et à sa carrière de chevalier. Cela pouvait le conduire en terre lointaine : le chevalier était attiré par l’Orient, bien au-delà de Jérusalem, jusqu’à l’Asie profonde d’où provenaient des produits dignes du Jardin d’Eden (épices, soie…). Les chevaliers ont ensuite transmis cet esprit d’aventure aux grands découvreurs, d’Henri le Navigateur aux Conquistadores, en passant par Christophe Colomb qui fut le symbole du chevalier mystique en quête du paradis terrestre : les Indes.
En ce qui concerne l’activité la plus représentative des chevaliers dans notre imaginaire, le tournoi, il serait né très tôt, et servait d’entraînement à la guerre, parfois dans des conditions très réalistes. Les chevaliers pouvaient disposer d’auxiliaires à pied en nombre important, et le « champ clos » dans lequel se déroulait le tournoi englobait parfois une très vaste région : il s’agissait d’un véritable champ de bataille. Mais l’Eglise fut très sévère à l’égard des tournois, et en 1130, Innocent II énonça une bulle les interdisant, cela pour plusieurs raisons : le tournoi, en plus d’encourager à la violence, à l’orgueil et à la haine, pouvait contenir une forte connotation érotico-sexuelle. Par exemple, dans le Chevalier à la Charrette de Chrétien de Troyes, Guenièvre imposa à Lancelot de combattre seulement vêtu de sa chemise à elle plutôt que de ses armes défensives. Ce dernier accepta, et remporta le tournoi au nom de sa belle. Lors du banquet qui suivit le tournois, Guenièvre revêtit la même chemise tâchée du sang de son paladin…c’est joli, mais choquant pour l’époque ! Cependant, les sévères condamnations de l’Eglise ne mirent pas fin à la pratiques des tournois, notamment parce que les seigneurs émirent des ordonnances diminuant leur dangerosité : les armes de combat (armes à outrance) furent remplacées par des armes à la lame émoussée et au bout arrondi (armes de plaisance), par exemple. En 1316, Jean XXII dû se résoudre à supprimer ces interdictions.
En conclusion, selon Marc Bloch, la chevalerie fut à l’origine de la noblesse du bas Moyen Age. Cependant, lorsque la dignité chevaleresque commença à se profiler comme socialement et culturellement importante, les princes d’Europe intervinrent pour stopper cette expansion : ne pouvait être chevalier que celui qui avait un chevalier dans son ascendance directe, et les devoirs chevaleresques devinrent très lourds (notamment le coût de l’adoubement). Ceux qui parvinrent à répondre à ces exigences, eux, investirent dans les terres et les châteaux, et adoptèrent les modes de vie nobiliaires. Pourtant, à la fin du Moyen Age, alors que le fossé entre haute et basse noblesse s’était accru, les chevaliers eurent tendance à constituer la couche inférieure de l’aristocratie. Trop souvent accablés de dettes, ils se transformaient en pillards aux détriments des riches marchands des villes. Ces derniers, pour se défendre, firent appel à d’autres chevaliers qui devinrent ainsi des mercenaires. Ce fut par exemple le cas de hidalgos espagnols qui devinrent ensuite les conquistadores outre-atlantique. Mais pourquoi une telle crise de la chevalerie ? Elle serait essentiellement due à une évolution profonde des techniques de combat, notamment l’introduction de l’arbalète qui obligea le chevalier à alourdir son armement, et le transformait en crustacé lorsqu’il se trouvait encerclé par des troupes à pied, ou l’introduction des armes à feu qui porta un coup aux combattants à cheval (le chevalier Bayard, sans peur et sans reproche, tomba touché par un coup de fauconneau, pièce d’artillerie légère, en 1524).
Après cette crise, à la chevalerie resta l’apparat et les tournois, mais la véritable guerre leur devint plus délicate. De légende en légende, de décoration en décoration, la fascination de la civilisation chevaleresque survit encore dans le monde contemporain et a même su s’adapter au monde des cow-boys, de la science-fiction, de la bande dessinée…il suffit de le constater en regardant les films d’Hollywood actuels…La belle aventure chevaleresque et ses idéaux ne sont donc pas morts, et semblent avoir encore de beaux jours devant eux.





